samedi 3 décembre 2005
Conte amérindien
Tout semblait parfaitement calme et serein, du moins en apparence, les chasseurs du clan étaient rentrés une nouvelle fois bredouilles de leur chasse. Ils avaient été accueillis sans un cri, sans même une parole de désapprobation. Les enfants cessaient de jouer et de tourner autour des feux, les anciens se réunissaient un peu à l'écart, comme perdus au plus profond de leurs pensées, vides d'espoir et de réponses. Nuls ne savaient pourquoi, une nouvelle fois les chasseurs, pourtant si habiles et déterminés rentraient encore sans aucune nourriture à offrir à des bouches devenues si avides. Les chefs de chasse ne prononçaient nulle parole, ni pour se justifier, ni pour tenter de comprendre le sens de ce qui se faisait déjà sentir comme un abandon des dieux et des esprits. Les tambours se mirent une nouvelle fois à chanter, et la nuit se déchira de cette complainte, de cette demande d'aide. Ce n'est que plus tard dans la nuit, que le clan, terrassé par la faim et la fatigue s'endormit. Au petit matin, alors que le sommeil conservait encore la plupart des membres du clan dans une douce langueur, que le plus jeune des porteurs de visions s'éloigna du campement, comme pour calmer ses intenses réflexions. Il n'avait pas encore l'âge d'être un chasseur, il sortait à peine de l'initiation d'homme. Il s'éloigna, les yeux dirigés vers le sommet de la montagne, que la brune du matin dissimulait encore aux regard. Il ajusta la couverture sur ses épaules et allongea le pas vers l'horizon ; il emportait avec lui, seulement un simple caillou que lui avait remis son père. Une pierre de visions, lui avait-on dit. La montagne semblait s'éloigner, plus il avançait ; sa gorge commençait à souffrir de plus en plus de la soif, et même de la peur. Mais rien ne l'arrêterait, et il continua de marcher, alors que le soleil était déjà haut dans le ciel. Par plusieurs fois, il trébucha, son corps éprouvé par la chaleur et les privations ; mais à chaque fois il se releva, animé d'une détermination sans faille. Il devait se rendre au sommet de cette montagne ; telle avait été la teneur de son dernier rêve. Le clan avait à peine pris conscience de son absence, tellement était grande sa détresse. Le jeune rêveur gagna enfin le sommet de cette montagne, son corps tout meurtri de cette ascension, de ce périple. Il s'effondra au sol, son pauvre corps vidé de toutes ses forces. Ses yeux, se dressèrent soudain vers le ciel, alors que se dessinait au dessus de lui une ombre, qui lui sembla gigantesque. Un grand oiseau, comme il n'en avait jamais vu, semblait dessiner de grands cercles autour de lui. Aucune peur ne l'assaillait, il contemplait ce spectacle fascinant. Et l'oiseau descendit, pour venir se poser tout près de lui et s'adressa directement à lui, en effleurant légèrement son visage d'une de ses ailes. - Ton clan semble avoir oublié les enseignements des anciens. Il part à la chasse sans avoir pris conseil auprès des anciens , ni des esprits qui guident la main du chasseur. Le jeune homme, se redressa, comme pour mieux entendre la parole du grand aigle. - Tu vas redescendre vers les tiens, et tu pourras les guider vers des chasses fructueuses. Je t'ai choisi pour porter la plume du savoir et de la connaissance. Il déposa une grande plume sur le front du jeune homme. - Prends-la, et porte la en signe de ta fonction, celui qui voit plus loin et qui parle avec les oiseaux. Le grand aigle lui conta que ses enfants et les enfants de ses enfants donneraient une plume à toutes celles et tous ceux qui seraient choisis pour guider le clan, au fil des âges. Il étira ses ailes et s'envola dans un grand battement. Le jeune homme, portant fièrement la plume redescendit vers les feux de son clan. Il parla, il enseigna pendant des jours et des nuits, il dressait à chaque fois la plume, comme pour rappeler le nécessaire chemin de reliance avec les esprits. Plus jamais les chasseurs ne revinrent bredouilles, du moins tant qu'ils savaient écouter, celui, ou celle qui voit plus loin et qui parle avec les oiseaux.
Conte traditionnel
jeudi 24 novembre 2005
Le bon partage
Il y avait une fois un très vieux curé si saint homme qu'il savait se mettre toujours un peu au-dessus des choses et n'était entrepris sur rien.
Une fois le cas semblait embarrassant : deux frères avaient à partager les biens du père, ils n'arrivaient pas à s'entendre; et voisins, prud'hommes, juges, personne ne trouvait un arrangement.
Ils viennent ensemble s'en remettre au curé.
Ils lui exposent l'affaire. Lui se passe la main sur la figure, puis :
"Que l'ainé fasse les parts, dit-il, et le cadet choisira le premier."
Cela parut si bien trouvé qu'on le fit courir partout, et de ce jugement on a fait un usage.
Henry POURRAT "Les fous et les sages"
mardi 22 novembre 2005
Manuel du Guerrier de la Lumière
Involontairement, le guerrier fait un faux pas et plonge dans l'abîme.
Les fantômes l'effraient, la solitude le tourmente. Lui qui a toujours cherché le bon combat, il n'imaginait pas que cela pouvait lui arriver.
C'est pourtant le cas. Enveloppé par les ténèbres, il communique alors avec son maître.
" Maître, dit-il, je suis tombé dans l'abîme. Les eaux sont profondes et obscures.
- Souviens-toi d'une chose, répond le maître. Ce qui noie quelqu'un, ce n'est pas le plongeon, mais le fait de rester sous l'eau. "
Et le guerrier rassemble toutes ses forces pour sortir de la situation dans laquelle il se trouve.
Paulo coelho
mardi 8 novembre 2005
Un conte
L'arbre qui voulait rester nu
Il était une fois un arbre. Au beau milieu d’un verger, il était sorti de terre, petite pousse verte et fragile se confondant avec les herbes alentours. Curieux de tout, il regarda bien vite le monde qui l’entourait, les fleurs qui s’ouvraient le matin et se refermaient le soir, les oiseaux qui sifflaient en sautant de branche en branche, le paysan qui venait tôt le matin cueillir les fruits des arbres, les graminées qui ondulaient sous la caresse des vents...
Ah !, il le trouvait beau ce monde autour de lui, il avait envie lui aussi de participer à cette beauté, de trouver sa place dans cette harmonie.
Une année s’écoula et, ayant grandi, il était devenu un petit rameau portant quelques tiges. Il se rendit compte qu’il n’était pas un brin d’herbe comme il l’avait crû tout d’abord, mais un arbre et se mit à observer plus attentivement ses aînés.
Il les trouvait si grands, si beaux recouverts de leurs feuilles et de leurs fleurs ; il fût si émerveillé de voir toutes ces fleurs se transformer en fruits, il fût si attendri des soins attentifs que leur apportait le paysan, mais...
Mais, se regardant, il s’aperçut que son écorce ne ressemblait à aucune de celles qui les habillait, que ses branches n’avaient pas la même forme que les leurs. Alors, il eût peur, peur de n’être pas assez grand, peur de n’être pas assez beau, peur de ne pas porter assez de fruits, il eût peur que les autres, pommiers, poiriers, mirabelliers... n’acceptent pas sa différence et il décida de ne produire ni feuille, ni fleur, ni fruit.
C’est ainsi que les années passèrent, à chaque printemps, son tronc s’épaississait, s’allongeait, de nouvelles branches poussaient, mais... ni feuille, ni fleur, ni fruit.
Pour ne pas se trouver nu face aux autres, il s’était depuis son jeune âge laissé peu à peu recouvrir par un lierre grimpant, par des liserons et par des bouquets de gui : ne sachant à quoi il pourrait ressembler, il se couvrait d’une beauté qui n’était pas la sienne.
Le jardinier plus d’une fois projeta de le couper pour en faire du bois de chauffage, mais trop occupé par ailleurs, il remit chaque fois cette tâche à plus tard. Un matin pourtant il vint, armé d’une grande hache et commença par couper le lierre qui enserrait l’arbre. Du lierre, il y en avait tellement que cela lui prit toute la journée et qu’une fois de plus, il remit l’abattage à plus tard. Cette nuit là, un petit ver parasite piqua le liseron qui en mourut aussitôt et le lendemain, les oiseaux du ciel apercevant le gui vinrent le picorer.
Il ne restait plus de l’arbre au milieu du verger qu’un tronc et des branches : il ne restait plus que l’arbre au milieu du verger.
S’apercevant soudain de sa nudité et ne sachant par quel artifice la couvrir, il se décida enfin à laisser pousser tout au long de ses branches de belles petites feuilles d’un vert tendre, à laisser éclore au bout de chaque rameau de mignonnes petites fleurs blanches contrastant joliment avec le brun de la ramure et le vert du feuillage
Le paysan sur ces entrefaites revint avec sa hache et découvrant à la place du tronc inutile un magnifique cerisier, ne trouva plus aucune raison de le couper. Il le laissa donc, trop heureux du miracle qui s’était produit.
Depuis ce jour, l’arbre vit heureux au milieu du verger, il n’est pas comme les autres, ni plus beau, ni plus grand, mais tout aussi utile. Il a compris que ni la texture de l’écorce, ni le tracé des branches, ni la forme des feuilles, ni la couleur des fleurs n’ont d’importance : seuls importent les fruits qu’il porte et que nul autre que lui ne peut porter.
Aussi, tous les ans, à la belle saison, les enfants du paysan viennent avec une échelle et, s’éparpillant dans sa ramure, se gavent de ses fruits et le réjouissent par leurs rires.
N’ayons pas peur des fruits que nous pourrions porter, car nul autre ne pourra les porter pour nous, mais chacun pourra s’en nourrir. N’ayons pas peur des fruits que nous pourrions porter.
Car chaque fois que nous les refuserons, il manquera quelque-chose dans le monde ; n’ayons pas peur des fruits que nous pourrions porter, car chacun d’eux permettra de faire grandir la Vie et l’Amour.
mercredi 26 octobre 2005
Histoire ZEN

- Un jour, en Chine, un vieux maître zen et son jeune disciple sont en route pour rejoindre leur monastère. C'était une période de pluies abondantes, et alors qu'ils traversent une petite ville, ils voient une très jolie jeune femme, propre et bien habillée, qui hésite à traverser la rue principale encore encombrée de boue.
- Le vieux maître, s'approche de la jeune femme et lui propose de lui faire traverser la rue en la portant sur son dos. Celle-ci acquiesce, monte sur le dos du vieux maître qui la dépose quelques minutes plus tard de l'autre côté de la rue. La jeune femme le remercie beaucoup et lui baise sa main.
- Puis le vieux maître et son jeune disciple reprennent leur long voyage vers le monastère, mais le jeune disciple paraît plus renfrogné. Arrivé au monastère, le vieux maître demande à son jeune disciple ce qu'il peut bien avoir, car depuis qu'ils ont quitté la petite ville quelques jours plus tôt il semble être bien soucieux.
- Le jeune disciple, laisse alors éclater sa colère : "Maître, je ne comprends pas que quelqu'un d'aussi sage, d'aussi savant, et d'aussi vieux que vous, se soit abaissé à porter sur son dos cette jeune femme pour lui faire traverser cette rue pleine de boue.".
- Le vieux maître, lui répondit alors :"De la boue, j'en étais déjà tout crotté. C'est vrai, j'ai porté cette jeune et jolie femme sur mon dos pour lui faire traverser cette rue, je l'ai déposée de l'autre côté et elle s'en est allée, mais toi tu la portes depuis dans ton cœur sans pouvoir la déposer.
samedi 15 octobre 2005
Conte Indien
Le saint et la souris
Un grand saint vivait dans une forêt. Un jour, il sauve une souris des griffes d’une corneille qui allait la dévorer. La souris devient son amie et mange quelques grains de riz à sa table.
Un chat poursuit la souris. Le saint change la souris en un beau grand chat, plus grand que l’agresseur.
Le chat est traqué par un chien. Le chat est changé en un chien plus puissant que l’assaillant.
Un tigre court derrière le chien. Le chien est changé en tigre plus fort que le poursuivant.
Le tigre vit près du saint, traité comme une souris. Des grains de riz ne font pas son affaire.
Mais surtout ! Les villageois connaissent l’histoire. Ils n’ont pas peur du tigre. Les garnement chantent des chansons diffamatoires pour un tigre, le traitant de souriceau. Humiliation du tigre.
- “Aussi longtemps que le saint vivra, les gens se souviendront que je suis souris, changée en chat, changé en chien, changé en tigre. Je vais tuer le saint.”
On n’est pas saint pour rien. Le saint voit le mauvais plan du tigre.
- “Souris tu étais, souris tu seras. Et pour toujours.”
A vous d’en tirer leçon, si vous le voulez.
jeudi 6 octobre 2005
Conte Apache
"Comment le ciel est devenu grand"

















